Mercredi 8 avril 2009
Le réseautage
Depuis quelques mois, on observe aux États-Unis et au Québec, entre autre, plusieurs drames familiaux ou tueries. Tout le monde et plusieurs spécialistes cherchent les raisons qui poussent des gens à poser un geste aussi ultime.
Certains avancent que la crise économique a une influence, d’autres pointent du doigt les séparations de couples alors que d’autres se plaignent du manque de soutien ou d’organismes pour la prévention et l’aide. Pourtant, les drames familiaux et les tueries se produisent pendant les soubresauts économiques ou humains alors que d’autres personnes traversent de sales périodes sans suivre cette avenue.
Une chose, cependant, a changé depuis quelques décennies et c’est le relatif isolement des gens. Auparavant, les familles étaient nombreuses et les membres d’une même famille résidaient dans un rayon de quelques kilomètres. Les liens tissés serrés assuraient aux personnes qui traversaient une période plus sombre, d’avoir du soutien, ce qui était suffisant très souvent pour neutraliser des idées dangereuses. Les quartiers, les villages et même certaines villes étaient un milieu dans lequel les gens avaient une identité et parmi lequel la solidarité existait.
Maintenant, les familles sont plus éclatées, parfois dysfonctionnelles. Les membres d’une même famille sont éparpillés partout sur la planète et l’anonymat est une norme de plus en plus vécue par un grand nombre de personnes. Le manque de réseau, de contacts, d’amis plonge les personnes aux prises avec des coups durs dans un abîme plus noir que le nécessaire. Le manque de visions différentes face à un problème augmente l’angoisse et limite les choix éclairés des gens qui ne voient plus de lumière pour eux. Ne voyant plus de lumière pour eux, il est impensable que ceux-ci en voient pour leurs enfants ou même pour la société qui semble insensible face à leur désarroi. Alors, le choix d’amener avec eux le maximum de gens ou les personnes qu’ils aiment le plus est un pas facile à franchir dans les circonstances.
Il est impensable de prévenir ce genre de décision malgré tous les millions que nous pourrions injecter dans des centres de prévention. Le manque d’entourage des gens est la principale cause de ces drames. Souvent, on apprend que les personnes impliquées étaient peu entourées, silencieuses, sans histoire.
L’indifférence est devenue une norme dans les relations humaines dans les villes. Plus les villes sont populeuses, plus les gens s’ignorent. Plus les gens s’ignorent et plus ils cherchent comment entrer en contact avec les autres et moins ils le font. D’ailleurs des liens de confiance se bâtissent sur plusieurs années et les gens ne peuvent ou ne veulent investir aussi longtemps dans des gens sans être sûrs d’obtenir quelque chose en retour.
Les contacts sont superficiels, consommés immédiatement et sans attache.
Combien de personnes peuvent, à pied levé, obtenir de l’aide pour garder les enfants, un dépannage pour un déplacement en auto, un coup de main pour réparer un truc, un conseil face à un problème avec un délai de 20 minutes? Combien de personnes peuvent recevoir une invitation à souper à l’improviste ou une visite surprise d’une personne importante dans sa vie n’importe quel jour de la semaine?
Combien de personnes peuvent avoir un lit, une table ou un toit pour les accueillir là, maintenant?…..
Il est compréhensible d’imaginer le désarroi, le désœuvrement ou la panique quand une personne se retrouve face à un drame tel qu’une séparation, une perte d’emploi, un faillite, une annonce d’une maladie grave ou de mauvaises nouvelles qui peuvent paraître insurmontables pour une personne qui n’a aucune bouée pour s’accrocher, aucune main, épaule, oreille pour donner un autre point de vue, pour promettre que le soleil se lèvera demain, pour servir de refuge, de bouclier ou simplement pour redonner une dimension humaine à la réalité.
Les drames familiaux et les tueries sont le reflet d’une société en perte de contact humains. Il est donc facile de prévoir qu’avec les soubresauts que notre société subira dans les prochaines années que ces histoires feront partie des actualités, trop souvent
par chat de ruelle
le 2009-04-08 10:01:25
Permalien
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